Claudine Baschet, 80 ans
Résistance, MLAC, ADMD
Médecin, psychothérapeute
Puis comédienne







Pendant la guerre, j’étais gamine. Comme je suis juive, j’étais cachée en Dordogne avec la dame qui s’occupait de moi puisque ma mère était morte quand j’avais quatre ans. Ce n'était pas du tout un endroit tranquille, il y avait beaucoup de groupes de maquis, français, espagnols et même russes. Je trouvais ça exaltant, j’étais très patriote et même, à l’époque, je rêvais d’être une héroïne mourant pour la patrie. Il m’arrivait de porter un message clandestin et j’en étais très fière. Ça a été une période plutôt heureuse s’il n’y avait eu le chagrin d’être séparée de mon père planqué dans une autre région. Ma famille a eu beaucoup de chance, à deux tristes exceptions près. La guerre finie, on rentre à Paris, je vais au lycée. Après le bac, je fais médecine puis je pratique comme psychothérapeute dans le secteur public. Depuis toute petite, j’ai eu conscience de l’injustice liée à la différence des classes. Et si je fais plutôt partie des privilégiés, j’en ai toujours eu presque honte. C’est dans les années 70 que je commence vraiment à militer. Après la grande manifestation organisée à la Mutualité par le M.L.F., je me joins à un groupe femmes : contraception-avortement. Mais très vite je rencontre le G.I.S. (Groupe Information Santé) où je me sens mieux. C’était un groupe de travailleurs de la santé et d’usagers, des deux sexes. Il y avait eu le Procès de Bobigny, le Manifeste des 343 salopes. En février 73, paraît dans le Nouvel Obs, notre Manifeste des Médecins Avorteurs. Conférence de presse, succès médiatique qui nous déborde. Nous créons une structure administrative : le M.L.A.C. (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception). Je me retrouve parachutée Secrétaire Générale. Je suis aussi militante de base et on se bat sur tous les plans : éducation sexuelle, information sur la contraception (tout juste légalisée), organisation de voyages en Hollande et en Angleterre où l’avortement est autorisé, rencontres avec des journalistes, organisation de manifestations, auditions au Sénat ou à la Chambre des Députés. Deux années très intenses avec parfois des altercations très violentes avec « Laissez-les–Vivre ». Une fois nous avons même eu une bombe au local, heureusement, c’était une bombinette ! En 75, quand la loi Veil a été votée, le bureau dont je faisais partie au M.L.A.C. a décidé ne pas se représenter. Dans les années 80, après une période de calme, je rejoins l’A.D.M.D. (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) en train de naître. Je suis élue Administratrice. Pour moi le combat était à la fois d’encourager l’usage des techniques antidouleur, de combattre les attitudes médicales d’acharnement thérapeutique contre la volonté du malade et enfin d’obtenir la prise en compte d’une demande d’aide active à mourir dans des situations irréversibles de gravité, mais toujours selon le souhait du patient et de lui seul. Il faut se rappeler qu’à l’époque l’utilisation de la morphine, dans les douleurs rebelles du cancer par exemple, était considérée par le Conseil de l’Ordre comme un geste meurtrier. Je me suis battue 12 ans pour améliorer les conditions de notre mort et puis je me suis dit : « J'ai 60 ans maintenant, il est temps de m’amuser ». J’ai eu la chance de réaliser mon rêve d’adolescente : devenir comédienne ! C'était il y a 20 ans. Je ne sais pas si je suis une bonne féministe. Je sais que pour beaucoup, c’est dur d’être une femme, je ne crois pas en avoir vraiment souffert ou rarement, j’étais trop autoritaire pour ça ! Ma conviction c’est que quand il y a des différences de considération entre les sexes, entre les gens, il faut les combattre. Aujourd’hui, je continue de faire les manifs mais je pense que tant qu’on ne foutra pas en l’air le capitalisme rien de bon ne se passera. Un jour toutes ces victimes des « MARCHÉS » se réveilleront peut-être et si un monde nouveau devait naître, si je ne suis pas morte, j’espère y mettre mon grain de sel ! octobre 2011 .