Odile Biyidi Awala, 74 ans
Revue
Peuples Noirs Peuples Africains
Présidente de Survie France
Écrivaine







J'ai eu une jeunesse dans un milieu catholique où on devait avoir des activités bénévoles. J'ai découvert l'engagement politique quand j'ai fait la connaissance de l'écrivain Mongo Beti comme collègue professeur sous le nom d'Alexandre Biyidi Awala. Né au Cameroun il a publié onze romans et trois essais politiques, dont Main basse sur le Cameroun en 1972. Il n'appartenait à aucune organisation mais il combattait dans ses écrits le colonialisme, ce qui lui attirait pas mal d'ennuis. Il a subi des procès. Il fallait le défendre. Puis il a voulu qu'on fasse une revue. Tout mon engagement a été contre l'impérialisme et le racisme. Nous avons découvert Survie à l'occasion de la parution du livre de son président, François-Xavier Verschave, La Françafrique, le plus long scandale de la République (1998), où il dénonçait les pratiques mafieuses et criminelles du néocolonialisme français. Il en avait pris conscience lors du génocide des Tutsi du Rwanda par un régime protégé par la France. L'objectif de Survie a été alors d'obtenir un changement de la politique africaine de la France. Le discours sur l'aide est une mystification tant que l'on cache la réalité du pillage. J'ai pu, comme présidente de Survie depuis 2005, contribuer à éclairer ces objectifs. Montrer comment notre pays, en écrasant littéralement de tout son pouvoir ses conquêtes africaines, réduit des populations à la misère au profit de grandes sociétés qui pillent les ressources agricoles et minières de ces peuples. Nous faisons essentiellement de l'information auprès du public et des campagnes de plaidoyer auprès des élus, des manifestations aussi. J'écris beaucoup d'articles, j'interviens en public. La principale lutte concrète que j'ai faite c'est la création de la revue Peuples Noirs Peuples Africains en 1978 avec Mongo Beti. Nous avons tenu cette revue à bout de bras pendant une douzaine d'années avec nos seuls moyens. Nous l'avons fait parce que pratiquement toute l'information sur l'Afrique en France ne véhicule que des mensonges et des préjugés. C'était une tribune pour les intellectuels d'Afrique francophone qui ne voulaient pas s'aligner sur la pensée dominante. Il y eut Guy Ossito Midiohouan, banni de son pays natal le Togo, enseignant au Gabon, où il fut arrêté et torturé en 1981 pour les articles qu'il envoyait à la revue. Il y eut Mwamba Bapuwa, journaliste congolais exilé pour sa lutte contre la dictature, assassiné à son retour à Kinshasa en 2006. Ces grands résistants sont inconnus ici mais ils sont les figures de proue de l'Afrique de demain. Nos forces étaient sans commune mesure avec la puissance de feu idéologique que nous affrontions. On criait dans le désert. Nous nous sommes épuisés, ruinés dans cette entreprise gratuite, mais maintenant cette revue est un aliment pour les chercheurs. Elle est, pour les jeunes, un extraordinaire témoignage de ces années de lutte pour une émancipation qui n'est pas encore acquise. On la trouve sur www.mongobeti.org Le bilan de ces années d'efforts reste aussi dans des livres : Le Dictionnaire de la négritude, 1989 (L'harmattan) avec Mongo Beti, Négrophobie, 2005 (Les Arènes), avec FX Verschave et Boris B Diop, Du racisme français, 2008 (Les Arènes. La principale difficulté pour une femme qui travaille, qui a des enfants et qui milite, c'est le surmenage. Il faut faire tout à la fois. Alors, forcément, on ne fait pas tout bien. On s'organise certes mais il n'y a jamais de temps libre. L'avantage c'est qu'on ne sait pas ce que veulent dire les mots « ennui » ou solitude qui sont plutôt des rêves. J'ai découvert le slogan "Du pain et des roses" avec le film de Ken Loach. C'est une formule magnifique. On a envie que la vie soit non seulement meilleure mais plus belle. La contemplation, à travers la musique et la poésie, m'a toujours accompagnée dans mes activités. Le ménage peut rester à faire.
août 2011 .