Socé Samb, 50 ans
Porte parole
du 11ème collectif
"Romain Binason"
Membre de la Coordination
Nationale des Sans-Papiers
Auxilliaire de vie sociale







Je suis arrivée en France le 14 juillet 1989, sur proposition d'un membre de ma famille. J'avais fait mes études au Sénégal et je travaillais. Quand tu arrives sans papier en France c'est dur, c'est lamentable. Mais après la souffrance, il y a la lutte. Tu t'inscris dans un collectif, tu te bas et puis voilà. Je suis restée une bonne dizaine d'années sans papier. C'est grace à la lutte et au mouvement que j'ai était réguarisé. Lorsque j'ai été chercher mes papiers, au lieu de me réjouir j'étais dégoutée. Je me suis demandée pourquoi je n'avais pas tout plaqué. D'un seul coup je prenais conscience de tout ce que j'avais laissé passer et que je ne rattraperais plus jamais. C'est fou, être pivée de tant de choses pendant tant d'années pour ce bout de papier. J'ai commencé la lutte des sans papier dans un collectif à Creteil. C'est quand j'ai rejoint le 11ème collectif Romain Binason et le collectif des sans papiers parisien que j'ai commencé à prendre des responsabilités. Au départ j'appréhendais et je pensais que je ne pourrais pas le faire. Et je suis devenue une des déléguées. J'allais aux rencontres avec la préfécture, je participais à l'organisation du collectif, des manifs ou des occupations... En 2008, on a poussé la porte de la bourse du travail. On l'a occupée pour alerter les syndicats parce que en tant que travailleurs isolés nous nous sentions exclus des grèves organisées sur des lieux de travails, comme dans des restaurants par exemple. Les travailleurs isolées sont ceux qui travaillent au noir ou ceux dont le patron refuse de fournir les documents réclamer par la préfécture. Après quatorze mois d'occupation nous avons finalement été évacués par les services d'ordres des syndicats. On est resté quelques semaines dehors, sous la pluie, sur le boulevard de la République. Il y avait beaucoup de soutiens et on a obtenu un certain nombre de convocations mais il fallait quitter le boulevard. Alors on a décidé d'occuper les anciens locaux de la CPAM, rue Baudelique, dans le 18ème. C'était enorme. Un village avec des milliers de Sans Papiers qui organisaient le "ministère de la régularisation globale des Sans Papiers". On a mené un combat assez dur là bas. Avec des manifs qui on atteint jusqu'à dix mille personnes. Notre travail, suivre les 300 dossiers qu'on avait sur le boulevard, élargir le mouvement et décrocher une circulaire qui concernerait l'ensemble des collectifs de France. On a travaillé avec le ministère de Besson et on a fait des propositions. Mais l'interlocuteur qu'on avait a été subitement déplacé en province. Après de nombreuses préssions de la CPAM et de la préfecture nous avons du quitter les lieux. Ca n'a pas était facile et des camarades se sentant exclus, ont même constitué un nouveau collectif. Nous sommes sortis le 12 août 2010 avec 300 convocations pour examens de dossier. Chaque semaine on avait une rencontre avec la préfecture. Et chaque semaine on allait discuter d'un certain nombre de dossiers. Il y en a qui passaient, d'autres qui ne passaient pas. Je ne fais pas de différence entre une femme et un homme ; il faut se battre, point. Mais ce n'est pas facile et il faut s'imposer parfois même plus avec ses propres camarades. Ca me fait mal de voir certaine femmes se taire parce que l'autre c'est un délégué, c'est le responsable ou c'est le fou qui crie fort. Bien souvent les femmes n'investissent pas tous les champs de résponsabilité qu'elles pourraient. Il ne faut pas laisser les hommes occuper seuls le terrain du combat et de la lutte, des négociations et du travail. Du pain et des roses ? C'est pour moi l'idée du travail pour tous et de la reconnaissance qui va avec. En tout cas il faut se battre pour un autre partage des richesses et des rôles. Actuellement le mouvement des sans papiers souffre de multiples division et aussi de l'absence des partenaires qu'il a toujours eu. Aujourd'hui je suis toujours dans la lutte et je veux continuer à travaillers pour le seul et même objectif : la régularisation de tous les sans papiers. octobre 2011 .