Cécile Gondard – Lalanne, 42 ans
Secrétaire Nationale SUD PTT







Je suis fonctionnaire de la poste. Je fais partie des derniers recrutements de ce type puisque depuis 2002 tous sont de droit privé. Et un ou une salariée fait le même travail que son collègue fonctionnaire mais pour un salaire inférieur d'environ 20%. La direction de la poste a externalisé, filialisé, réorganisé, et diminué la masse salariale en baissant les salaires et en supprimant des emplois. Le temps social que nous avions pour le conseil, le dépannage, la proximité a disparu. L'usager est devenu un client. Quand je suis arrivée à SUD, l'une des batailles était la titularisation des contractuels, et puis de faire respecter le code du travail dans une entreprise publique : CDD à répétition qu'on faisait régulariser... dans les années 90, ils avaient même inventé les contrats à durée indéterminée intermittent. Dix ou trente heures réparties dans le mois au gré des besoins. Après une longue lutte surtout juridique, ils ont tous été intégrés comme CDI. Mais ma première expérience de lutte de « terrain », c'est en 99/2000, quand mon bureau passe aux 35 heures et part en grève. C'était à Paris Louvre distribution, il devait y avoir 500 facteurs et factrices là-dedans. Il y avait des pyramides de courrier partout. Et personne. Personne dans le centre si ce n'est nous en bas pour débattre. Ça a duré trois jours et deux nuits. Trois jours de grève où non seulement tu te réappropries les outils mais tu t’arrêtes, tu discutes et tu es "ensemble". La conscience de classe réapparaît : il y a le patron et nous. C'est énorme comme expérience. Et je me souviens qu'à l'Assemblée Générale de reprise alors qu'on avait obtenu presque tout ce qu'on demandé : des embauches, des RTT, le maintien du nombre de quartiers, la neutralisation des jours de grèves... beaucoup ne voulait pas reprendre ! Parce que la grève avait été une parenthèse où les rapport de hiérarchies liés au travail étaient éclipsés. Parce que c'est stimulant humainement, intellectuellement, politiquement. Parce que c'est l'expérience concrête de la solidarité. Les inégalités hommes femmes sont présentes dans la fonction publique au même titre que dans le reste de la société. Sur les emplois qu'occupent les femmes, sur leur déroulement de carrière, sur leurs promotions... Sur les primes, qui sont toujours attribuées aux travaux jugés plus « durs » réservés aux hommes. C'est vrai que de recevoir des gens toute la journée, d'être avenante, c'est pas pénible non, c'est « naturel ». Donc ça ne se rémunère pas, ce n'est pas de la compétence acquise. La situation faite aux femmes est un miroir grossissant pour les générations qui rentreront sur le marché du travail. Par exemple, pour mettre en place le temps de travail partiel, les gouvernements des années 80 ont exonéré les cotisations sociales pour inciter à ces embauches en annonçant que ça permettrait surtout aux femmes de concilier leur vie privée et professionnelle. Finalement on se retrouve aujourd'hui dans certaines entreprises avec des contrats et des horaires complètement hallucinants, tu viens un petit peu le matin et tu reviens un petit peu le soir... elle est où la fameuse « conciliation » ? Les patrons utilisent toujours des populations qu'ils considèrent fragiles, pour faire des tests et finalement casser les droits, les statuts et les emplois. Moi je réclamerai du temps pour nous. C'est-à-dire de travailler moins, mais beaucoup moins. Que le travail ne soit plus l’élément central de nos vies. Et qu'il n'y ait plus d'inégalités qui tiennent, quelles qu'elles soient. Et pour ça, il faut péter la notion de hiérarchie. Enfin moi j'y tiens beaucoup. . septembre 2011