Brigitte Petit
Ex-salariée Samsonite
CGT, Parti communiste
Présidente de AC Samsonite







Mon père travaillait dans les mines à Fouquières-les-lens. Ma mère a élevé cinq enfants. J'ai toujours connu la lutte. J'ai commencé à travailler en confection à 15 ans et demi. Au bout de neuf ans j'ai été licenciée suite à une première grossesse difficile. Le patron disait que ce n'était pas possible : "les femmes enceintes ne sont pas malades". Je ne me suis pas battue et j'en ai vraiment souffert. Alors quand j'ai été licenciée une deuxième fois, j'ai dit, allez, faut plus baisser les bras. Je suis arrivée chez Samsonite en 1984. A cette époque on faisait beaucoup de bagages souples en tissu. Puis on a fait du rigide des attaches et cases, des vanitys.. On injectait les coques, on montait sur chaine... On faisait tout à l'usine. Mais sous prétexte de "main d'oeuvre trop chère" et "de chute des ventes depuis le 11 septembre..." Le souple est parti en Asie. Et puis l’intérieur des bagages. Jusqu'en 2006 où ils nous ont dit qu'ils arrêtaient la production. A ce moment là je faisais les 3x8. J'étais au CE et au DP et après mes postes j'aimais bien rester pour aider les camarades du syndicat à voir clair dans le jeu de la direction. Samsonite disait négocier avec des repreneurs, en secret, pour nous éviter le chômage. On a finalement été nommé Ernergy Plast. On devait faire du panneau solaire. On devait partir en formation et travailler avec une usine allemande. Ils ont installé des panneaux solaires sur le parking de l'usine. Mais on a continué à faire des valises. On a jamais fait de panneaux solaires. Des sacrés repreneurs ! Ils ont fait fonctionner l'usine 18 mois. Ou plutôt ils ont dilapidé tout l'argent pour qu'on soient licenciés avec le minimum et sans préavis. Aurel et Gourlet de cœur. En janvier 2007, notre directeur nous a dit qu'a une heure près, il n'aurait pas pu nous verser nos derniers salaires. Tout l'argent était parti. A ce moment là, les gens n'attendent pas que les délégués viennent les chercher. Ils s’arrêtent. On est sortis dehors. Remplis de haine et de dégout et on a occupé la cour de l'usine. Pendant six mois, jours et nuits, pour garder nos emplois et protéger notre outil de travail. En vain... Dans le même temps on a pris un avocat pour aller en justice. Samsonite a été condamné à nous verser des indemnités et les repreneurs à une et deux années de prison ferme. A six ans de notre licenciement, c'est la galère. Des divorces, des maladies qui se déclarent, des familles qui ne joignent plus les deux bouts. Et même si personnellement je retravaille, ça me fout complètement en l'air. On a touché à nos salaires, on a touché à nos enfants. Je ne pourrais jamais leur pardonner. C'est pour ça qu'on attaquera jusqu’à la dernière personne qui a eu le projet de notre licenciement. Actuellement on revient juste des Etats-Unis où on a assigné en justice le fond de pension Bent Capital. Ces actionnaires américains qui ont joué notre sort et celui de bien d'autres à travers le monde. A Freeport on a rencontré des ouvriers qui vivent la même situation et qui vont être licenciés à cause du même fond de pension. Là-bas ils n'ont pas le droit d'occuper l'usine, de bloquer les camions, ou de manifester librement. Ce sont des personnes extérieures qui le font à leur place. Ah... je vous jure que quand vous voyez les images d'une gamine de seize ans, assise sur le trottoir, pour défendre le travail de sa maman et qu'on embarque avec des menottes, ça vous retourne complètement. Le lendemain on est parti pour New York, manifester devant le siège de Bent Capital, avec encore d'autres ouvriers "victimes" de ces mêmes actionnaires ! Bien qu'on ne parle pas la même langue, on s'est compris parfaitement, on ressentait les mêmes choses. Ce besoin de lutter, de se battre. Pour que ces patrons, ces actionnaires, capables de détruire des familles entières soient punis. Si il le faut on retournera en Amérique. Et si il le faut ont ira ailleurs. On ira jusqu'au bout. Moi mon vœu le plus cher c'est de voir tout le monde s'en sortir. J'ai toujours pensé qu'on pouvait tous travailler, et au même tarif, ou à peu près. N'importe comment si je peux militer pour montrer qu'on peut faire autrement, je le ferais. Et c'est encore plus fort maintenant.