Catherine Lebrun, 60 ans
Membre du secrétariat
National de Solidaires







Chez Solidaires, nous marchons sur nos deux jambes et nous avons un double objectif : celui de défendre les intérêts immédiats des salariés et celui de transformer radicalement la société. Nous sommes engagés à la fois dans nos secteurs professionnels et en lien avec tous les mouvements sociaux qui s'opposent aux oppressions, liées à l'exploitation capitaliste ou aux mouvements qui vise à une transformation sociale profonde. Nous y tenons d'autant plus qu'il nous semble exister une dérive au niveau syndical, et pas seulement en France, qu'il s'agisse de l'aménagement, du renoncement, voir pire, de l'accommodement de certains syndicats avec le système. Personnellement, J'ai en charge le secteur de l'immigration et celui du chômage et de la précarité. Au secrétariat, chacun à son « domaine prioritaire » mais on touche tous un peu à tout. Notre travail est d'animer les commissions dont nous faisons partis. De représenter Solidaires dans les cadres unitaires, de proposer des textes, du matériel, d'organiser des manifs... En ce qui concerne l'immigration, il y a eu un combat majeur en 2009 et Solidaires c'est joint au « groupe des 11 », regroupant associations et syndicats, pour soutenir la grève de près de 6000 travailleurs sans papiers. L'objectif du mouvement était d'en finir avec l'arbitraire préfectoral et d'obtenir un texte qui simplifie les critères de régularisation. Nous soutenions beaucoup de travailleurs intérimaires des secteurs classiques comme dans le BTP, l'hôtellerie, la restauration, le nettoyage... Les grévistes étaient majoritairement des hommes bien que les femmes présentes ont largement participé. C'était plus difficile pour elles de sortir de la clandestinité. Le plus souvent elles travaillent, au noir, dans le secteur du service à la personne, tandis que les hommes sans papiers sont souvent déclarés par les employeurs. Mais, nous avons été vigilants pour que la réalité des femmes ne soit pas oubliée. Ce fût une grève longue, dure et très structurée. Il y avait des piquets de grève et des assemblées générales régulières, des manifs, des actions... La grève a duré pratiquement un an, c'est énorme ! Du coup des grosses difficultés financières, des pertes de logements... Beaucoup de choses à surmonter ! Alors au fur et à mesure, le rapport de force c'est étiolé et la direction de l'immigration en a profité. Finalement le bilan d'ensemble est très mitigé. Nombreux sont ceux qui ne sont pas régularisés et pire, certain font même l'objet d'une reconduite à la frontière. Les préfectures ne respectent toujours pas leurs engagements et continuent de pratiquer l’arbitraire. De notre côté, sur la centaine de dossiers que nous suivions, il y a eu plus de 80% de régularisations et aujourd'hui encore, les camarades continuent de suivre de très près les dossiers des grévistes. Mais le bilan global n'est pas un bilan satisfaisant, et sur l'ensemble des grévistes on est loin du compte. Sur le fond rien n'est réglé, c'est pour ça qu'on pense tous qu'il y aura forcement d'autres grèves. À un moment donné, il faudra remettre le couvert. En tant que femme, pour peu qu'on est conscience de la discrimination qui nous est faite, on a forcement une oreille plus attentive, et en tout cas une conscience globale des discriminations. Le féminisme, comme l'antiracisme, l'écologie ou les questions sociales, font partie de notre projet syndical. Mais si la question des femmes et le féminisme sont un des piliers de Solidaires, entre adopter une orientation et la mettre en pratique, il y a souvent un petit décalage. Dans mon organisation comme dans beaucoup d'autres, ce n'est pas encore ce qu'on souhaiterait. Rappelons que tout syndicat confondu, les femmes ne représentent, grosso modo, que 30 % des syndiqués. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que se réalise une véritable égalité entre les hommes et les femmes. Sur le terrain social comme sur le terrain sociétal, les femmes ne sont pas encore reconnues à égalité de droits et respectées dans leur intégrité, leur dignité. Le slogan du pain et des roses exprime ces deux réalités. Le sexisme, sous toutes ses formes, est incompatible avec la défense des droits humains universalistes.
juin 2011 .