Zouina Meddour, 47 ans
Directrice du centre social
"La maison des Tilleuls" (2002/2008)
Engagement associatif pluriels







Je travaille depuis une vingtaine d'année dans le social et mon engagement militant a toujours irrigué ma façon de travailler. Mon objectif a toujours été la prise en compte des populations. Que ce qu'elles disent, entendent ou subissent trouve echos. Par ailleurs je suis très impliquée dans le "forum social des quartier populaire", dans des actions avec des femmes, ou encore dans le comité "France-Palestine". Un des moments extrèment fort pour moi ce sont les révoltes de 2005. Période du ramadan, trois jeunes sont poursuivis par la police et se cachent dans un transformateur electrique. Deux décèdent et un troisième est gravement électrisé. Sans qu'il y ait d'enquéte, le gouvernement, les médias, donnent immédiatement raison à la police. Pour cottoyer beaucoup le MIB je sais que ça se passe toujours comme ça. Clichy a commencé à bruler et très vite la révolte s'est étendue à toute la France. A blanc Mesnil ça péte royalement. Dans le quartier des Tilleuls, le gymnase brûle et la maison de quartier reçoit un cocktail molotov. Je découvre les lieux au petit matin avec d'autres habitants et tout de suite on décide d'installer un barnum. Spontanément tout ce bricole et s'improvise. Le calme revient dans le quartier. Des habitants ramènent du thé, d'autres à manger. Les points de vue s'éxpriment et nous sommes de plus en plus nombreux à faire l'analyse de ce qui se passe en direct. On discute de tout : des conditions de vies, du statut fait aux jeunes, de la discrimnation, de l'islamophobie, du manque de travail ou de Roissy par exemple, où depuis 2001 des jeunes se voit retirer leurs badges du jour au lendemain sans que l'on sache pourquoi. Ca devient une agora permanente et on s'y relaie jour et nuit. C'est le mois de novembre, il fait un peu froid mais pendant un mois et demi on ne quitte plus les lieux. On travaille collectivement nos communiqués de presse et puisque les informations officielles ne nous conviennent pas, je propose qu'on réalise un documentaire : "Notre quartier à 93°". Mais le besoin d'expréssion est tel, que beaucoup sont frustrés par le format. Du coup nous travaillons à la l'élaboration d'un journal "Vu d'ici". Tous les deux mois on met un coup déclairage sur ce qui se passe dans le réél, le tout petit, là où personne ne vient voir. C'est l'expression libre des habitants. Trop libre peut être puisqu'au bout de quatre ans , nous n'avons plu eu aucune subvention. Je pense que c'est compliqué d'être une femme de manière générale. Pendant des années je suis réstée extrémement discrète et il a fallu que j'avale beaucoup de couleuvres avant que je fasse ma place. Mais quand on est issue de l'immigration c'est aussi la question du rapport colonial qui est posée. Je fais partie des dominées, donc de ceux qui "savent moins" ou "ne savent pas" : " ce n'est pas comme ça qu'on écrit, c'est mal dit...". Ca m'a fait douter de moi des années. Dans les quartiers, les femmes ont une place importante mais ne sont pas considérées par la socièté. On pose sur elles un regard culturaliste. Par exemple "LE" problème de l'alphabétisastion. : elles viennent d'ailleurs, donc ne savent pas lire et donc ne peuvent pas s'occuper correctement de leurs enfants. Ou si on développe une action, on les cantonne à la restauration, et donc on leur demande un couscous. Mon travail d'accompagenement dans des actions avec des femmes est de creer les espaces pour que se soit elles qui aient le pouvoir et qui décident. Durant ma carrière on m'a souvent accusée de manipuler les groupes que j'animais. J'avais d'ailleurs écrit un article dans "Vu d'ici" parce qu'au bout d'un moment, c'est fatigant de considerer que les jeunes ou les femmes n'ont pas les capacités d'agir, de penser ou de réfléchir. Moi ce que j'aimerai c'est que les gens se structurent et créent le rapport de force nécéssaire pour imposer leurs conditions. Qu'on ait du beau et du bio aussi dans nos quartiers. Que la culture, la santé, l'éducation, soient à la hauteur de ce qu'il faut, même pour cette mère d'enfants en bas âge par exemple, qui habite au 16 ème étage d'une tour sans ascenseur et qui ne peut plus les conduire à l'école tellement c'est inférnal.
octobre 2011 .