Annick Coupé, 58 ans
Porte Parole de l'Union
Syndicale Solidaires







Je me suis syndiquée en 72 à Caen j'avais même pas 20 ans. À l'époque je travaillais comme caissière dans un hyper marché Continent. Dans l'entreprise il y avait deux syndicats : FO, proche du patron, et la CFDT qui était très combative, très lutte de classe, à cette époque. Cela commencera à dériver sérieusement à la fin des années 70. À Paris en 1976, je rentre à la Poste et continue de militer à al CFDT. À l'automne 88, quand des grèves éclatent dans les hôpitaux et à la poste (la lutte des camions jaunes), j'ai des responsabilités à la CFDT-PTT en Île-de-France. Nous soutenions évidement le conflit, et alors que les grévistes n'avaient rien obtenu, la direction nationale de la CFDT appelle à la reprise. Dans le même temps, à Lille, elle retire son appui aux grévistes du centre de tri. Des secrétaires des sections locales du centre de tri de Lille-Lezennes et des garages postaux de Paris sont suspendus et privé de leur mandat syndical. Ce n'étaient que le début d'un processus beaucoup plus large d'exclusion des "oppositionnels". Des centaines de militants et militantes vont être exclues de la CFDT dans les PTT et dans la santé fin 88. Et c'est dans ce contexte qu'on a décidé de faire un nouveau syndicat. SUD PTT venait de naître et je me suis retrouvée secrétaire générale en 1989. Aujourd'hui je suis porte-parole de l'Union Syndicale Solidaire. Solidaires, c'est un groupement de syndicats, une maison commune. Des syndicats Sud, qui se sont créés, surtout après le mouvement social de l’hiver 95, mais aussi des syndicats autonomes qui ont une histoire plus ancienne, et enfin des syndicats qui s'appellent directement "Solidaires. Nous vivons le syndicalisme avec une vision double : celle de défendre les salariés et celle de transformer la société. C'est pour ça que quand on défend les retraites, les services publics, la sécurité sociale, les sans papiers... on pense que c'est une position politique. Nous ne sommes la courroie de transmission d'aucun parti mais disons qu'on appartient à la gauche qui n'a pas renoncé à transformer le monde. Je ne peux pas dire que j'ai eu des difficultés pour m'imposer comme militante mais dès le départ, je me suis sentie concernée par les luttes des femmes. Ne serait ce parce que j'ai été confrontée à l'avortement quand il était encore illégal. Je ne peux pas me penser que syndicaliste. Ni me penser que féministe. Pour moi, les deux combats sont liés. Je me souviens que la première fois que je suis montée à la tribune d'un congrès syndical CFDT, devant 500 personnes, il y a eu des sifflets. Des sifflets comme on entend dans la rue et cela m’a mise en colère ! Pour moi, l'un des apports fondamentaux du féminisme c'est de montrer que la domination des femmes traverse toutes les sphères de la société. Et c'est important de le comprendre en tant qu'organisation syndicale. Par exemple, le mouvement syndical a accepté, dans les années 80, toute la logique gouvernementale du développement du travail à temps partiel au nom de la fameuse « conciliation entre vie familiale et professionnelle «  pour les femmes bien sûr… et que ça sauverait des emplois. Ce qui était complètement faux bien sûr, le bilan trente ans plus tard nous montre au contraire que c'était le développement de la précarité et de la perte d'autonomie financière pour les femmes. Si on avait annoncé de telles mesures pour les hommes, le mouvement syndical n'aurait pas réagi comme ça… « Du pain et des roses »… C’est un beau slogan ! C’est pour moi l’idée que la lutte « pour le pain », pour les conditions de vie, pour les revendications matérielles, si essentielle soit-elle n’a de sens que si elle s’accompagne de la lutte pour « des roses », pour une autre vie où nous « briserons nos chaînes » de toutes les dominations, en particulier des hommes sur les femmes ; mais aussi où nous aurons du temps pour « cultiver son jardin »…
juillet 2011 .