Mayan Fathi, 51 ans
Femme de ménage du groupe Arcade
Sud Nettoyage







Ma première lutte c'était pour le logement en 92. Une famille malienne s'était faite expulser et campait devant le Château de Vincennes. Avec mon mari et mes trois enfants on habitait un tout petit studio et depuis plus de dix ans on attendait un logement. Alors on les a rejoints, comme beaucoup d'autres travailleurs africains mal logés. Au total nous étions plus de 1600 personnes dehors, sous des tentes, avec les enfants, à réclamer une habitation décente. Et puis, au début de l'hiver 93, on s'est fait expulser par la police assez violemment. Embarquer puis dispatcher, à droite et à gauche. Je suis restée sans nouvelle de mon mari pendant quarante huit heures. A l'époque il n'y avait pas les portables. On s'est finalement retrouvés et on a attéri dans un centre d'hébergement et petit à petit ils nous ont attribué des appartements. J'ai eu mon logement en 94, après treize années d'attente et deux années de lutte. Nous, les femmes Africaines on est venues en France pour rejoindre nos maris. En Casamance on cultivait le maïs, les cacahuettes et les fruits alors quand je suis arrivée en France je ne voulais pas rester à la maison. Je suis entrée chez Arcades en 1989 comme femme de chambre. Des journées à rallonges, sans poses, avec une chambre à faire toutes les dix sept minutes. Sans aucun salaire ni horaires fixes. Dans les hôtels, ils embauchent des femmes qui ne connaissent pas leurs droits et qui ne savent ni lire ni écrire, à 90%. On a commencé à discuter de nos conditions de travail et en 2001 on a rejoint SUD. Le 7 mars 2002, avec 35 femmes de chambre, dans quatre hotels du groupe, on a commencé la grève : "Nettoyage, l'esclavage c'est fini !". Fin mars, la société nous attaquait déjà pour dégradations et huit d'entre nous étaient licenciées. Nous avons lutté pendant une année. Devant le siège social et dans les halls d'hotels on faisait du bruit. Pour nous rendre visible et faire connaître notre situation. Certains clients nous soutenaient et nous envoyaient de l'argent. Un comité de soutien s'est créé avec des syndicalistes et des associatifs qui nous ont accompagnées. Mais nous n'étions pas soutenues par tous. Les autres travailleurs nous critiquaient et parfois même nos maris ou nos familles. Ils n'ont pas compris que c'est bon de se battre pour ses droits et que si ils nous avaient tous soutenu, on aurait tout obtenu. Finalement après une année de bagarre, en février 2003, on a signé un accord. Nous avons obtenu la baisse des cadences : 19 chambres au lieu de 22 pour six heures, la réintégration des licenciées et l'abandon des poursuites en justice ; une prime pour les jours de grève et des contrats de 130 heures. Mais ces acquis n'ont profité qu'aux grèvistes et non à l'ensemble des travailleurs du groupe. Quand on a repris nos postes, les femmes qui avaient fait la grève connaissaient mieux leurs droits. Par exemple, plus question de prendre nos congés sans rien signer pour qu'a notre retour le patron nous licencie - comme ça arrive encore malheureusement souvent à d'autres. Mais le 11 mai 2004, moins de dix huit mois après la grève et bien qu'étant déléguée syndicale, je me suis faite licencier par Arcade avec l'accord de l'inspection du travail. Soit disant parce que j'avais dépassé mon quota d'heures de délégation, ce qui est tout à fait faux. Avec le comité de soutien, on a repris la bagarre pour ma réintégration et on a exercé de nouveau la pression sur la société. Après une année et demi de lutte, j'ai signé un accord avec Arcade et j'ai accepté mon licenciement contre une indemnité financière en novembre 2005. Aujourd'hui, on a toutes des problèmes de dos et de genoux. Certaines de mes copines souffrent tellement qu'elles ne font que de prendre des médicaments. Les dames qui continuent de travailler là-dedans n'ont pas d'autres choix et sont condamnées à souffrir. Moi je voudrais que les dirigeants soient vigilents et voient dans quelles conditions les gens travaillent. J'étais déléguée syndicale et j'ai été licenciée par abus, parce que j'étais identifiée comme la meneuse de cette grève. Je pensais que l'inspection du travail me défendrait mais elle ne m'a pas écouté. A quoi elle sert alors ? Je souhaite une socièté meilleure, où les êtres humains ne seraient plus exploités. Mais je suis parfois un peu déséspèrée. On travaille, on est exploité et on doit fermer sa bouche. C'est ça la socièté. Et les personnes qui n'acceptent pas l'exploitation sont exclues du travail, de la socièté, sont dépendantes des autres. Il faut accepter tout ce que le patron dit. Obéir, obéir et obéir. Et ça, ça me fait très peur.
juin 2011 .